Dossier paru dans le Bilan du 17 octobre 2018 et l’article en ligne ici.

Nous partageons le point de vue que l’attention excessive sur la singularité, la super intelligence et les robots humanoïdes est souvent plus racoleur qu’utile. Mais il est important de ne pas commettre l’erreur inverse en pensant que l’IA moderne est un gadget qui n’impactera pas nos vies avant 2050.

Notre position est que l’intelligence artificielle transformera de façon significative nos vies entre 2020 et 2030. Nous en voyons aujourd’hui les signes avant-coureurs : des IA dépassent la performance humaine sur des tâches de l’élite professionnelle du domaine médical ou légal.

Les réseaux neuronaux profonds sont une vraie technologie disruptive. Elles permettent d’automatiser des tâches totalement inaccessibles avec les technologies logicielles traditionnelles. Les réseaux neuronaux profonds nous offrent aussi des possibilités d’interactions avec les systèmes qui s’approchent rapidement des interactions humaines (dans des domaines limités).

Cette nouvelle façon de programmer — au lieu de décrire en détail comment le système doit fonctionner nous fixons un résultat ou objectif et le système cherche seul le moyen d’y arriver — est sans exagérer une révolution. L’ouverture sur les recherches internes des grandes entreprises telles que Google et Facebook est sans précédent. La rapidité avec laquelle de nouveaux papiers de recherche deviennent du code open source exploitable — souvent une question de quelques jours – est impressionnante. La vitesse de progression partagée de la communauté d’apprentissage machine depuis 2015 est un moment exceptionnel dans l’histoire de l’informatique.

De nombreuses start-ups travaillent sur des produits innovants intégrant de l’IA. Ces produits arriveront sur le marché ces prochaines années. Même sans nouvelles découvertes dans la recherche il y a déjà de quoi nourrir dix ans d’innovation produit avec la technologie IA existante aujourd’hui.

Cette vague de nouveaux produits IA s’inscrira dans la thématique du moment : la digitalisation. Une étude de McKinsey publiée en 2017 nous informe que 45% des tâches professionnelles humaines sont automatisables avec les technologies d’aujourd’hui. Si l’IA joue un rôle dans ces 45%, la plus grande partie est de l’automatisation « traditionnelle ». Mais l’intelligence artificielle amène souvent les briques manquantes pour une automatisation totale.

Ce bond en avant ne sera pas forcément effectué par les acteurs dominants aujourd’hui. Ils seront freinés à différents niveaux : par la résistance des responsables à voir diminuer leur personnel, par le cadre réglementaire voire même par la qualité élevée de leur service actuel. En effet il peut être plus facile pour une start-up d’offrir un service automatisé rudimentaire, une sorte d’EasyJet du domaine.

Les entreprises qui automatisent tôt peuvent entrer dans un cercle vertueux qui les amène rapidement vers la domination du marché car elles captureront des données plus tôt que la concurrence ce qui leur permettra d’améliorer leurs services en maintenant les prix bas.
Cela leur amènera ainsi plus de clients et donc plus de données. Et ainsi de suite.
Rapidement leurs services pourront rivaliser avec les services humains en qualité et à un prix incroyable.

Nous pensons qu’au-delà de progrès technologiques supplémentaires ce type de mécanisme produira une transformation rapide de notre tissu économique et que les entreprises et les individus doivent s’y préparer dès maintenant.

Timothy O’Hear, président
Laura Tocmacov, directrice